Temps de Carême

16 Fév 2026 | le fil des compagnons

Le quarantième jour avant Pâques

Tradition d’un temps passé – souvenirs anecdotiques en Pays-Fort

C’était ainsi que jadis le temps de Carême s’écoulait d’après ces ancestraux repaires.

Dans nos régions, cela jusqu’aux années de la guerre 14/18, cette période de privation et de pénitence était assez suivie dans nos villages, plus particulièrement dans le monde paysan. (*1)

Sur bien des tables la viande n’était au menu que le dimanche, sauf dans les fermes et métairies ou les laboureurs avaient droit à une, parfois deux rations journalières, suivant les labourages effectués.

On aurait vraiment manqué de savoir vivre si on avait mangé ou même servi, (aussi dans certains restaurants) un plat de viande lors d’un repas pendant ces quarante jours de restriction alimentaire.

La nourriture principale consistait alors, de poisson de mer salé ou séché, de poisson d’eau douce (*1), de légumes, d’œufs, de fromage.

Depuis fort longtemps, peut-être déjà au Moyen Âge, pour ravitailler en poissons (*1) la population des alentours, les propriétaires d’étangs profitaient de cette période pour ouvrir graduellement la vanne de vidange.

Huit, dix jours plus tard, encore que l’étang possède une petite réserve d’eau, le jour dit, une équipe de professionnels ouvrent totalement la vanne et commencent à prélever, à l’aide de grandes épuisettes dans la « pêcherie » (*2), la production de l’année.

            Après être triée et placée dans de grands baquets remplis d’eau, une partie des poissons sera réservée pour le « ré-empoissonnement », (reproducteurs, alevins) l’autre sera pesée et vendue sur place aux poissonniers du secteur ainsi qu’aux particuliers accourus de plusieurs kilomètres à la ronde.

(*1) Dans le canton  de nombreuses familles ont respecté le Carême jusque dans les années 1940.

(*2) sorte de fossé aménagé sur une vingtaines de mètres à la sortie de la vanne, pourvu de 3 ou 4 grilles placées en travers, espacées de deux / trois mètres, de différentes largeurs de mailles pour le calibrage et la récolte des poissons

            Après le Mardi-gras, il était de coutume dans les exploitations et familles nombreuses, d’acheter chez son épicier, une caque d’harengs salés et un petit ballot de douze livres de morue salée et séchée.

            Aux principaux repas l’un ou l’autre se retrouvait sur les tables après avoir été dessalés

            Les harengs étaient mangés frits dans un mélange d’huile d’œillette et « d’huile blanche » (arachide), dans une grande poêle en fer noir posée sur le support de la crémaillère au-dessus du foyer ou bien tout simplement sur les braises de celui-ci.

            Quand à la morue, elle était cuisinée au beurre salé ou « fondu » avec un ou plusieurs des nombreux légumes d’accompagnement : haricots secs ou salés, choux, choux rave, betterave, cardon, topinambour, carotte, pomme de terre etc. Soit aussi en ragoût, parfois accommodée en soupe ou encore en vinaigrette.

            Plus tard, arriva la marée fraîche composée principalement de harengs.

            « Un marchand de poissons » effectuait des tournées dans la campagne et les bourgs du canton avec sa voiture à cheval, quatre jours par semaine, sur trois différents circuits, de la Toussaint à Pâques.

            Au son de sa corne il appelait ses nombreux clients. Aux harengs !, aux harengs frais ! … Très connu et estimé en Pays Fort on le surnommait « l’Biau Guss ». Quelques anciens s’en souviendront sûrement ! …

Les œufs et la fameuse omelette à la farine, le « chanciau » prenaient avec les énormes quantités de pain, une place importante dans cette alimentation sans viande.

            Vers le milieu du XIXè siècle quelques gros bourgs du Berry nord commencèrent à organiser des petites kermesses ou cavalcades pour signaler le milieu du Carême. Elles furent dénommées fêtes de la mi-Carême.

            Dans ces époques, à Saint-Satur, commença une grande fête foraine populaire, « LA CARPE ». Fête qui perdure encore de nos jours avec sa cavalcade.

            Depuis sa création et jusqu’à la veille de la deuxième guerre mondiale, cette journée festive attirait la grande foule et là encore, le Carême et le poisson étaient de nouveau associés.

            On y trouvait dans les rues de Saint-Satur et Saint-Thibault de nombreux baquets remplis de grosses carpes vivantes à vendre. Nombreux étaient les acheteurs.

Qu’en reste t-il aujourd’hui ?… Un vague souvenir ! …

            Très suivie entre les deux guerres en Pays Fort et sa voisine la Sologne, la mi-carême était marquée par de grands bals de société, souvent sur invitation.

            Tenue de ville exigée pour les Messieurs, robe longue pour les Dames qui chaque année, étrennaient une nouvelle toilette pour la circonstance.

            Souvent animés par des orchestres régionaux de grande qualité, composés de cinq / six musiciens, parfois par une vedette en vogue, les plus courus étaient les grands bals d’Aubigny-sur-Nère, de Beaulieu-sur-Loire et de Vailly-sur-Sauldre.

            Pâques par la joie de la résurrection mettant fin aux pénitences, plusieurs raisons associaient l’œuf (*3) à cette fête.

            La production du poulailler n’ayant pas été touchée pendant ces quarante jours permettait d’offrir de nombreuses gâteries.

 (*3) Autrefois pendant le Carême, l’église interdisait la consommation des œufs

            Pour ajouter aux œufs un petit air de fête, la tradition était de les colorer en teintes vives.

            En Pays Fort, une vieille coutume, « la rout’lée » voulait que le lundi de Pâques, les enfants s’amusent à faire rouler sur l’herbe ces œufs durs colorés, avec la permission de pouvoir les manger après leur éclatement.

            Une autre raison, symbolise la renaissance de la nature qui s’opère avec le retour du printemps.

La naissance du monde à partir d’un œuf était une croyance commune aux Grecs, aux Celtes et aux Égyptiens.

            Dans l’hémisphère sud, des Ethnies de l’ancienne Afrique Équatoriale (Congo, Gabon)  portaient une véritable adoration à l’œuf, étant pour eux, un mystère et une image de la perfection.

            A la « grande lune », presque à la fin de la saison des pluies, un peu avant le commencement de la saison sèche début avril, (abondance de légumes et de fruits sauvages gorgés d’eau et de soleil) le roulement rythmé des tam-tams commençait à se faire entendre dans les villages de brousse.

            De grandes danses de plusieurs nuits consécutives s’effectuaient jusqu’à l’aurore autour de ce symbole.

            Aujourd’hui que reste t-il de cette tradition catholique ?  Combien de personnes connaissent ou respectent encore le Carême ?

            L’église actuelle a pratiquement supprimé les restrictions alimentaires qui marquaient jadis le Carême.

L’abstinence de viande est toujours recommandée le vendredi, en particulier le Vendredi saint. Le jeûne, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui consiste souvent à réduire les quantités de nourriture consommées plutôt qu’à une privation totale.

Des personnes choisissent de s’abstenir de certains aliments ou plaisirs qu’ils apprécient particulièrement, comme le chocolat, l’alcool ou les réseaux sociaux…..

            De notre temps, on peut remarquer que le vendredi saint, est davantage respecté par de nombreuses personnes. dans les familles qui ont la foi religieuse.  

            Il faut reconnaître aussi qu’à la demande de leur clientèle, la restauration, les cantines ……  proposent maintenant des menus et des plats appropriés à ceux qui le désirent.

Extrait des Archives de G.M. reprises par l’association

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