Petite histoire du « Tacot »

17 Fév 2026 | Découvertes en Pays-Fort, le fil des compagnons

LA PETITE HISTOIRE DU TACOT
  La ligne devait être ouverte à l’exploitation le lundi 26 août 1907, pourtant quelques jours avaient été nécessaires pour un certain « rodage »
C’est d’ailleurs pour cette raison que l’inauguration officielle avait été prévue le dimanche 8 septembre.
Devant une foule importante, le train 362 en provenance d’Argent, attendu en gare de Vailly sur Sauldre à 6h30, arriva avec quelques minutes de retard et aura bien du mal à se mettre « à quai », malgré la vigilance du Chef de Gare et de son adjoint pour faire évacuer la voie.
Le train affichait « complet », bourré par les officiels et leurs invités, aussi par quelques voyageurs, qui par orgueil, voulaient faire partie des premiers passagers.
Pour fêter cet important évènement, très tôt on commença à trinquer au Café de la Gare submergé, ainsi qu’aux deux buvettes placées contre la voie d’évitement, bien approvisionnées en boissons diverses, casse-croûte et gâteaux.
La fanfare, un bal parquet, un tir et des jeux pour enfants avaient été installés vers les rampes d’accès aux quais. Le bal devait ouvrir à 3 heures de l’après-midi.
Les Dames avaient mis leur plus belle toilette, presque toutes portaient chapeau ou capeline. Quand aux messieurs, il faut bien reconnaître qu’ils n’étaient pas en reste.
Un officiel, M. le Conseiller général, debout sur la plate-forme arrière du wagon de première classe, chapeau melon sur la tête, lorgnon sur le bout du nez, salua le maire M. Roy, son Conseil et la foule en liesse. Il fera un petit discours que personne ne pourra entendre dans ce vacarme. Il sera quand même bruyamment applaudi.
L’arrêt fut de courte durée. Coup de sifflet du Chef de Gare, crachotement de la machine lâchant au travers de sa cheminée une énorme fumée noire, le train s’ébranla lentement accompagné un instant par les sauts de joie des gamins.
Le voilà ! Le voilà !, c’était le train 363 de 9h30 venant de Veaugues qui arrivait en gare.
Il roulait aussi « complet », mais de voyageurs payants, qui s’agitaient comme des pantins à demi sortis des fenêtres ouvertes des wagons.
Une petite folie !
Quelques uns, arrivés à destination, enchantés par leur court voyage, sauteront sur le quai. D’autres, très excités, escaladeront prestement les marches d’accès d’une voiture de chemin de fer pour la première fois. Ils étaient « montés dans le train !… »
Le départ, direction Argent sur Sauldre, ne se fit pas attendre. Une fois donné, la place se vida quelque peu. Bien des personnes étaient venues pour y passer la journée.
Dans l’attente de l’ouverture du bal, du tir et des jeux, ainsi que le retour des deux trains, épisodiquement la fanfare exécutait quelques uns de ses plus beaux morceaux.
Des familles, des groupes d’amis, avaient momentanément regagné les bistrots et auberges du bourg, formant avec la gare, un incessant va et vient.
Dans ce brouhaha, chacun y allait de son petit commentaire. Sur le constant halètement de la locomotive dégoulinante de graisse et d’eau lâchant par-ci, par-là, quelques petits jets de vapeur.
Sur son poste de conduite, sur les wagons et leur confort, sur la vitesse (…)
Sur l’énorme puits, le réservoir et sa prise d’eau, sur le fonctionnement d’un aiguillage…
En se baladant, on « visitait » le bureau du chef de gare, la salle de départ, celle d’attente, la halle à marchandises, les lieux d’aisances.
Plus loin, en bout de gare, une voiture de première classe, une de seconde où l’on pouvait monter. Trois wagons à marchandises (tombereau, plat, foudre) et même la draisine utilisée par les cantonniers pour l’entretien et la surveillance de la voie. Matériel roulant installé spécialement sur la voie de garage.
Le retour des deux trains bondés venant de leur direction respective, arrivés pile à l’heure, enthousiasma de nouveau les badauds. Ce n’est que vers 10 heures du soir, lorsque les flonflons du bal se sont tus, que sur place il n’y avait plus à boire ni à manger, que la Gare de Vailly sur Sauldre retrouva son calme.
Très vite, ce chemin de fer économique sera surnommé par les usagers le « Tacot » et allait devenir dans les mois à venir un véritable cas de société.
A cette époque, dans les bourgs et surtout dans nos campagnes, peu de personnes avaient franchis les « frontières » de nos cantons limitrophes, sauf pour se rendre sur les grandes foires du moment, la St. Michel à Cosne sur Loire, aux cours de Gien ou de Bonny sur Loire ; à la mi-carême à Aubigny s/Nère ou encore aux Beaux Marchés de Sancerre.
Voyages effectués, soit à pied, bicyclette, mais principalement en voiture à cheval.
Arriva donc la « Tacotmania ».
Dès le printemps, les dimanches et jours fériés le « Tacot » était pris d’assaut tout au long de son parcours par une nouvelle génération de promeneurs « qui prenaient le train », soit seul, en couple ou en famille.
Parfois, pour certains, prendre le départ à Vailly sur Sauldre, pour descendre à Thou ou Concressault et puis tout bonnement rentrer à pied !…
Pour d’autres, panier en osier bien garni sous le bras, allaient pique-niquer (pour être dans le vent !) au château de Boucard, aux alentours de la gare de Moulin-Jamet, en Sancerrois après correspondance.
Où encore, sur les bords de la Sauldre, sur le canal de Blancafort, dans le parc du château d’Argent sur Sauldre ou bien à l’Étang du Puits, après être pris en charge par un cocher qui effectuait la liaison avec une voiture à quatre roues. Tous ces « voyageurs » rentraient le soir même par les trains de retour.
Le Tacot effectuera son dernier voyage le 1er juillet 1951.
(*) D’après des notes les notes prises le jour même et par la transmission orale des anciens. (Brochure « Souvenirs en Pays-Fort » éditée par l’association)

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